L’univers coloré de Virginie Droz-Rouden

VU autrement

Dans un monde rationnel et de considérations purement économiques, j’ai eu la chance de rencontrer une artiste pour le moins complète, qui donne au mot couleur une signification aussi personnelle qu’accessible à qui veut voir les cadeaux de la vie. Partage…

Une causette en train ?
Une causette en train ?


EV:
Si vous deviez résumer votre parcours en quelques idées…

VDR: A l’origine décoratrice d’intérieur de formation, j’ai collaboré longtemps avec un designer canadien, spécialisé dans la modulation de l’espace. Il travaillait beaucoup avec les outils informatiques, notamment en image de synthèse, ce qui m’a initiée rapidement à l’utilisation de ces outils. Le graphisme est venu à moi de manière naturelle. Les origines américaines de ce designer m’ont ouverte à d’autres horizons, à une vision hors des sentiers battus.

J’ai notamment travaillé pour Interio, où j’ai mis des concepts en place qui sortaient du cadre, de par mes facultés adaptatives et la grande sensibilité qui me caractérise. Si je peux passer facilement d’un système d’entreprise à un autre, ma frustration aujourd’hui est de constater que la polyvalence n’est pas valorisée à sa juste mesure, à mesure humaine.

Je me suis mise à mon compte suite à un gros souci de santé (une tumeur cérébrale à l’âge de 20 ans), qui m’a obligé à me construire de manière autodidacte, via des rencontres bien davantage qu’une approche académique. Ce positionnement intérieur m’a permis de gérer – à mon rythme – mes univers professionnels et familiaux.


EV:
Décoration, graphisme, peinture… vos domaines de création sont éclectiques. Voulez-vous nous en parler ?

VDR: Aujourd’hui je travaille sur ces 3 axes en parallèle. En décoration d’intérieur (relookage), ce qui m’intéresse est avant tout la mise en valeur des éléments déjà existants chez les gens. D’apporter gaité, lumière et couleur à leur vie. On n’est pas du tout dans un concept de déco appliqué presque mécaniquement à tout contexte. Le rapport humain est au centre, alors l’idée est d’amener fraîcheur et modernité dans leur décor et qu’ils se sentent encore chez eux.

En graphisme, je travaille avec les entreprises qui ont besoin d’idées sans avoir à disposition un budget démesuré je leur apporte un design accessible qui leur ressemble. Le fait de ne pas être très formatée laisse la porte ouverte à la fantaisie !

« La peinture… je ne peux pas vivre sans. Elle permet de sortir ce que j’ai à l’intérieur, de m’éclater en couleurs. »

Étant fondamentalement une coloriste, j’ai besoin que les couleurs soient en harmonie. J’aime participer à des expositions et je prends conscience lentement de l’impact de mes œuvres sur le public.


EV: Vous avez récemment exposé dans le Sud de la France, quelle a été votre expérience ?

VDR: L’exposition faite à Aix récemment m’a permis d’observer que les enfants et jeunes adultes aiment beaucoup l’univers imaginaire que je crée dans chaque tableau. Sur les 210 exposants présents, j’ai pu comparer les différents styles et cela m’a plu de constater que j’avais vraiment un style personnel.

J’aimerais beaucoup égayer des lieux sociaux, comme les hôpitaux, les EMS, les maisons de quartier, j’ai l’impression que la peinture ferait du bien aux visiteurs et occupants.

Je pense que l’art devrait vraiment être mieux intégré à l’expression des enfants. J’aimerais travailler encore davantage avec la couleur et les gens dans le sens large du terme…

EV: Comment l’idée de peindre des doudous vous est-elle venue ?

VDR: En voyant un amas de doudous dans la chambre des enfants ! Ils avaient l’air de se regarder avec un regard tendre et espiègle. Je me suis dit: « Tiens, si je peignais l’âme du doudou ? ». Très vite, les retours de mon entourage confirmaient que les visages des doudous reflétaient une expression, une identité propre. J’ai décidé de peindre le reflet, le message de cet « objet transitionnel », terme si impersonnel évoqué dans les crèches. Pour que l’enfant l’ait en décoration, les parents en souvenir une fois l’enfant parti, et pour les enfants devenus parents, en guise de lien familial, de portrait de famille. Combien d’adultes ont gardé leur doudou… à la cave ! Après les portraits de famille, pourquoi pas les portraits de doudous du père, du grand-père, etc. !

EV: Ces peintures sont des objets cadeaux. A qui s’adressent-ils, à toutes les bourses ?

VDR: C’est un objet unique, idéal comme cadeau de groupe, par exemple. Aujourd’hui, un enfant possède déjà une tablette à 4 ans… Je m’adresse aux parents en quête d’originalité, à toute personne proche de l’enfant. Côté caisse, je me rends compte que tous ne vont pas vouloir investir CHF 250.- pour faire peindre un doudou, dont la durée de vie est pourtant plus longue qu’un objet « in » technologique. J’y investis du temps, j’y mets de moi et je ne voudrais pas tomber dans le travail à la chaîne, version low cost. Alors je suis consciente que la décision d’achat reste au final une question de priorités.

EV: Ces doudous, pourrait-t-on les voir en vrai ?

VDR: Votre question tombe à pic: j’expose justement au nouveau salon Telle mère Telle fille à la Roche sur Foron. Une expo « purement doudouesque ». Pour le reste de mes tableaux, j’ai prévu une autre exposition à la Galerie Primaire à Conches en novembre-décembre prochains.


EV: D’autres projets pour les mois à venir ?

(tic tac, tic tac… les secondes passent! NDLR)

VDR: En 2015, j’aimerais avoir un atelier de peinture ailleurs que chez moi, pour continuer à faire ce que je fais en collaboration avec d’autres, dans un lieu commun de partage. Le dialogue dynamise les projets et l’expansion vers l’extérieur me semble importante pour me couper de l’isolement du travail en home office.

Si j’étais vous, je profiterais du week-end pour faire un saut à La Roche-sur-Foron (74) et visiter ce nouveau salon, à la rencontre de cette jeune femme pétillante et de son travail inédit.

 

 

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